La plupart des lampes à poser cachent leur source derrière un abat-jour. Le CUBELIGHT de Mathias Schifferdecker pour TECNOLUMEN fait l'inverse : la lumière loge dans un socle en acier et le verre posé dessus devient la lampe. Cet article explique comment fonctionnent les cubes de verre empilés, ce que proposent les deux versions et ce que signifie avoir 7,1 kg de verre massif et d'acier sur un bureau.
Une lampe faite de blocs de verre
La MSCL 1 + 2 CUBELIGHT Table Lamp a été présentée par TECNOLUMEN en 2012. Son point de départ est la fascination du Bauhaus pour la géométrie élémentaire : le cube, la grille, le module. Schifferdecker a réduit une lampe à ces trois idées, puis a confié la dernière étape à son propriétaire.
La construction se décrit simplement. Un socle en acier inoxydable brossé dissimule une LED intégrée. Dessus reposent dix-huit cubes de verre massif de 50 mm d'arête. Ils sont transparents, avec quelques accents bleus, rouges, jaunes et verts, et ne sont fixés ni au socle ni entre eux. Ils sont simplement posés, si bien que chaque composition reste provisoire. L'ensemble mesure 150 x 150 x 150 mm : trois arêtes de cube couvrent toute la largeur de la lampe.
Comme rien n'est collé ni clipsé, la lampe du dimanche n'a pas à ressembler à celle du vendredi. Un bloc net et compact se lit comme une petite architecture ; un empilement plus libre, en gradins, évoque plutôt une silhouette de ville. Les deux sont justes. Il n'existe pas de disposition de référence, et chaque lampe finit par être un peu différente de celle du voisin.

Comment la lumière traverse le verre empilé
Avec un abat-jour, on voit une surface lumineuse. Avec le CUBELIGHT, on voit la lumière voyager. Elle pénètre dans les cubes du bas depuis le socle, remonte à travers la pile et se réfracte à chaque jonction entre deux blocs. Les arêtes l'accrochent, les faces la transportent, et les cubes colorés teintent de petites zones de la structure sans colorer toute la lampe.
L'effet dépend entièrement de la disposition. Des cubes superposés à l'aplomb forment une colonne lumineuse et continue. Décalez-les et la lumière se fragmente en blocs distincts, chacun avec ses arêtes soulignées de lumière. C'est pourquoi la lampe évoque de près une ville illuminée : un ensemble de petits volumes, certains vifs, d'autres plus discrets, avec des jonctions dessinées en traits de lumière.
La fiche technique de la MSCL 1 + 2 indique une LED intégrée de 6,8 W et 800 lm à 2700 K, un blanc chaud. Dans les faits, c'est une lampe d'ambiance. Elle rayonne plus qu'elle n'inonde, et donne le meilleur d'elle-même dans une pièce où d'autres sources assurent l'éclairage fonctionnel.

Ce que représentent 7,1 kg dans un cube de 150 mm
Le chiffre qui surprend, c'est le poids. La MSCL 1 + 2 pèse 7,1 kg pour une emprise de seulement 150 par 150 mm, à peu près la surface d'une petite assiette à pain. En la soulevant, on sent tout de suite sa densité : on pense davantage à un bloc de pierre qu'à une lampe.
Ce poids a des conséquences concrètes, pour la plupart favorables.
- Elle reste là où on la pose. Un câble tiré par mégarde, une manche qui frôle une console d'entrée, un chat qui explore une bibliothèque : le socle ne glisse pas et ne bascule pas comme le ferait une lampe légère.
- Il lui faut un support solide. Un bureau robuste, une enfilade ou une étagère stable sont idéaux. Une étagère flottante fine ou une petite table fragile ne conviennent pas à autant de verre concentré sur une si petite surface.
- Déplacez-la en deux temps. Pour changer la lampe de place, retirez d'abord les cubes et transportez le socle à part. La construction libre rend l'opération facile, et c'est plus doux pour le verre comme pour vos poignets.
- Manipulez les cubes comme du verre massif. Ce sont des blocs polis, pas des récipients à paroi fine, mais ils peuvent s'ébrécher s'ils se heurtent fort. Pour les réorganiser, posez chaque cube plutôt que de le faire glisser contre ses voisins.
Sur un bureau, le format compact est un atout. Avec ses 150 par 150 mm, elle trouve sa place à côté d'un écran ou dans un angle arrière du plan de travail sans rien encombrer. Le poids lui donne une présence que sa taille seule ne lui donnerait pas : elle paraît petite et semble installée pour de bon.
CUBELIGHT move : le cube devient interrupteur
En 2020, Schifferdecker et TECNOLUMEN ont lancé la MSCL 3 + 4 CUBELIGHT move Table Lamp, qui conserve le gabarit de 150 x 150 x 150 mm et les cubes de verre de 50 mm sur un socle en acier inoxydable à LED intégrée, en y ajoutant une idée discrètement radicale : l'un des cubes sert de commande.
Ni interrupteur, ni variateur, ni application. Le cube de commande fonctionne par radio sans fil : on l'incline pour varier l'intensité et on le fait pivoter pour faire passer la température de couleur d'un chaud 2700 K à un 6500 K net, proche de la lumière du jour. Utiliser la lampe revient à jouer avec un cube de construction, exactement ce que le dessin d'origine invitait déjà à faire. La version move rend simplement ce geste fonctionnel.
La température de couleur réglable change le rôle de la lampe. Froide et intense, elle peut vous accompagner au bureau pendant la journée. Chaude et tamisée, elle devient une lumière d'ambiance du soir sur une enfilade ou une table de chevet. Dans un logement plus petit, où une seule lampe doit souvent remplir plusieurs fonctions, cette amplitude est vraiment utile. Chaque exemplaire est fabriqué en Allemagne et, comme l'original, numéroté en continu.

La place du CUBELIGHT dans le catalogue TECNOLUMEN
TECNOLUMEN, établi à Brême, est surtout connu pour ses rééditions fidèles de classiques du Bauhaus, au premier rang desquels la lampe de table en verre et métal de Wilhelm Wagenfeld, la WG 24 (son histoire est racontée dans notre article sur la WG 24 et l'atelier de métal du Bauhaus). À côté de ces rééditions, la maison commande des créations contemporaines qui prolongent les mêmes principes. Le CUBELIGHT en fait partie, et la numérotation continue de chaque exemplaire suit la tradition d'atelier qui traverse toute la gamme.
Pour saisir ce fil conducteur, le SL 30 est un complément éclairant : un chandelier de shabbat présenté en 1930 dans la revue du Werkbund « Die Form » comme exemple de bonne forme pour les objets rituels. Son créateur est inconnu ; il était fabriqué par l'atelier L. Wolpert à Francfort. Son fût est construit comme celui de la lampe en verre de Wagenfeld, avec un tube nickelé glissé dans un tube de verre au-dessus d'une base en marbre blanc, et il mesure 338 mm de haut. TECNOLUMEN le produit toujours d'après l'original. Placez-le près d'un CUBELIGHT et l'air de famille saute aux yeux : verre, métal et pierre, chacun employé avec franchise, chaque construction laissée visible.
Choisir et placer un CUBELIGHT
Les deux versions partagent leurs dimensions, leur verre et leur construction. Le choix dépend de l'usage que vous voulez faire de la lumière.
- Choisissez la MSCL 1 + 2 si la lampe est surtout un objet du soir : une lueur chaude et fixe sur une enfilade, une console d'entrée ou une bibliothèque, là où les accents colorés et le jeu de la lumière à travers la pile sont l'essentiel.
- Choisissez la MSCL 3 + 4 move si la lampe doit servir toute la journée, en passant d'une lumière plus froide au bureau à une lumière chaude et tamisée le soir, pilotée par le cube lui-même.
Dans les deux cas, installez-la là où on la regarde de près. Le détail du CUBELIGHT se joue dans les jonctions et les arêtes du verre, qui disparaissent sur une étagère haute ou à l'autre bout d'une grande pièce. L'idéal est à hauteur des yeux en position assise. Gardez aussi un arrière-plan calme : un mur uni ou une surface en bois laisse les réfractions se lire nettement.
Enfin, laissez de la place pour vos mains. La lampe est conçue pour être recomposée, et elle se révèle pleinement quand les cubes bougent de temps en temps. Pour voir le CUBELIGHT aux côtés de rééditions du Bauhaus et de classiques danois, parcourez notre collection de lampes à poser.
