Pour le centenaire PH, Louis Poulsen a puisé dans ses propres archives, et les trois luminaires qu’il en a tirés partagent un même détail : le plus petit jeu d’abat-jour complet jamais conçu par Poul Henningsen. Cet article suit l’abat-jour PH 1/1 d’un lustre des années 1930 à une lampe de piano puis à une lampe de table rechargeable, et montre ce que chaque réédition conserve des dessins d’origine.
Un système d’abat-jour, pas une lampe isolée
Henningsen n’a pas tant dessiné une lampe qu’un ensemble de règles. Son système à trois abat-jour, lancé en 1926 après la médaille d’or remportée par la lampe PH à l’Exposition de Paris de 1925, dispose un abat-jour supérieur, un abat-jour médian et un abat-jour inférieur autour de l’ampoule, de sorte qu’aucun regard n’atteigne la source. La lumière frappe l’intérieur d’un abat-jour, se réfléchit sur le suivant et quitte le luminaire diffusée vers le bas et vers l’extérieur, sans éblouissement. Les proportions entre les abat-jour suivent son rapport d’or 3:2:1.
Parce que le système reposait sur des proportions, il pouvait changer d’échelle. Louis Poulsen a produit les abat-jour dans une gamme de tailles, et les chiffres d’un nom PH y renvoient : le premier pour l’abat-jour supérieur, le second pour les abat-jour inférieurs. Une PH 1/1 occupe le dernier échelon. Son abat-jour supérieur mesure environ 10 cm de diamètre, ce qui en fait le plus petit ensemble qui reste une véritable lampe PH et non un fragment. Notre article sur le fonctionnement du système PH à trois abat-jour et la signification des chiffres présente toute la gamme.
Cette petite taille est le fil conducteur des rééditions du centenaire. Plutôt que d’inventer de nouvelles formes, Louis Poulsen a cherché dans son ancien catalogue les modèles où l’ensemble PH 1/1 faisait déjà le travail, puis les a reconstruits.

Le retour du lustre Bombardement
Le plus saisissant des trois est le PH 1/1 Chandelier Centenary Edition. Il fait revivre un lustre resté au catalogue Louis Poulsen de 1933 jusqu’au milieu des années 1960, surnommé « Bombardement ». Chaque bras porte son propre ensemble PH 1/1 complet : le luminaire se lit comme une grappe de petites lampes PH réunies autour d’un corps central, et non comme un seul grand abat-jour.
La réédition utilise des matériaux choisis pour paraître patinés dès le premier jour. La suspension et le corps sont en laiton bronzé et vieilli, verni pour fixer la patine, avec de fines rayures laissées en surface. Les abat-jour sont en verre opalin soufflé bouche à quatre couches, dans un ton terracotta poudré, sablés en blanc mat à l’intérieur pour que la lumière réfléchie reste douce. Louis Poulsen le propose en éditions strictement limitées et numérotées, chaque pièce gravée à l’or : 1000 exemplaires de la version à trois bras et 400 de la version à six bras, une édition à neuf bras de 200 exemplaires complétant la série.
Concrètement, le lustre à trois bras mesure 527 x 344 x 527 mm et pèse 9,0 kg. La version à six bras s’élargit à 606 mm pour la même hauteur de 344 mm et pèse 15,0 kg. Chaque bras reçoit une ampoule E14 de 20 W maximum. Un luminaire de ce caractère demande une pièce qu’il puisse dominer : une table à manger, une entrée ou le centre d’un salon. Comme chaque abat-jour fonctionne par réflexion, la lumière reste assez basse pour un dîner tout en remplissant l’espace.

La lampe de piano, à l’échelle de la table
Henningsen a dessiné la première PH Piano Lamp en 1931 pour ceux qui lisent la musique. Sa tige courbe et mobile porte l’abat-jour au-dessus du clavier, équilibrée à l’arrière par un contrepoids sphérique, et la tête s’incline de 45° vers l’arrière et de 25° vers l’avant pour que la lumière tombe sur la partition plutôt que dans les yeux du musicien. Elle appartient à la même famille de tiges courbes que ses modèles Question Mark et Luna.
La PH 1/1 Piano Table Lamp conserve ce mécanisme intact et le ramène à la taille d’une lampe de table, et c’est là qu’intervient l’abat-jour PH 1/1. Il reprend le même verre terracotta poudré soufflé bouche à quatre couches que le lustre, avec une face intérieure blanche et un diffuseur dépoli en dessous : la couleur paraît chaude à l’autre bout de la pièce tandis que la lumière dessous reste douce. Le cadre, le bras et le contrepoids sont en laiton brossé, vieilli et verni incolore, et les initiales de Henningsen sont gravées sur le boîtier de l’interrupteur.
Elle mesure 417 mm de large et 364 mm de haut sur une base de Ø153 mm, avec 2,6 m de câble textile brun foncé et un interrupteur sur la lampe. Elle reçoit une seule ampoule G9 de 20 W maximum. Le verre étant soufflé à la bouche, chaque abat-jour diffère légèrement du suivant. Sur un piano, elle remplit la fonction pour laquelle elle a été dessinée ; sur un bureau, une table de chevet ou un large rebord de fenêtre, sa tête inclinable est tout aussi utile pour la lecture.

Le même abat-jour, sans fil
La troisième pièce emmène l’ensemble PH 1/1 là où Henningsen n’avait pas la technologie pour aller. La PH 1/1 Portable Lamp place le plus petit jeu d’abat-jour complet sur une base en laiton usiné, en finition chromée haute brillance ou laiton métallisé, et fonctionne sur batterie rechargeable.
Ici, les abat-jour sont en verre opalin blanc soufflé bouche plutôt qu’en terracotta, ce qui donne à la lampe un aspect PH plus frais et plus classique. À l’intérieur, une LED Dim-to-Warm de 2,5 W passe de 1800 K à 2700 K en gagnant en intensité, avec une variation continue ou en quatre paliers. Une charge complète offre environ cinq heures à pleine puissance, et la recharge se fait par USB-C. Indice IP44 : elle peut passer de la table du dîner au balcon par une soirée chaude.
Avec 160 x 291 x 160 mm et 1,8 kg, c’est la manière la plus compacte de posséder une lampe PH. Elle trouve sa place sur une étagère ou une tablette de chevet sans l’encombrer, et ses abat-jour superposés sont si reconnaissables qu’on y voit l’œuvre de Henningsen même éteinte.

Les trois, côte à côte
Réunies, ces rééditions montrent à quel point la pensée de Henningsen tenait dans l’abat-jour lui-même. Le même petit ensemble fonctionne comme l’une des lumières d’un lustre, comme une lampe de lecture orientable sur un bras équilibré, et comme une lampe autonome que l’on porte d’une pièce à l’autre.
- PH 1/1 Chandelier Centenary Edition : modèle d’archives au catalogue de 1933 au milieu des années 1960 ; verre opalin terracotta sur laiton bronzé et vieilli ; éditions limitées numérotées.
- PH 1/1 Piano Table Lamp : inspirée de la Piano Lamp de 1931 ; verre terracotta sur laiton brossé et vieilli ; tête inclinable pour une lumière dirigée.
- PH 1/1 Portable Lamp : verre opalin blanc sur chrome ou laiton métallisé ; LED rechargeable ; IP44 pour l’intérieur comme l’extérieur.
Le verre terracotta du lustre et de la lampe de piano les associe en duo, idéal pour un intérieur qui veut une pièce au-dessus de la table et une autre sur un bureau voisin. La version portable se distingue par sa couleur mais partage les proportions, et s’accorde donc sans peine avec les grandes suspensions et lampes de table PH blanches déjà présentes. Pour situer ces modèles parmi l’œuvre de Henningsen et l’ensemble du catalogue, découvrez toute la collection Louis Poulsen.
